Jean-Marie Biada, économiste camerounais
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La loi de Finances adoptée le 17 décembre 2020 à titre de loi de Finances pour l’exercice 2021 en République du Cameroun, le chef de l’Etat, Paul Biya a été obligé de prendre une ordonnance en date du 7 juin 2021 modifiant et complétant cette date promulguée le 17 décembre 2020 par ses soins. Paul Biya avait bougé les bornes d’endettement. On pouvait aller jusqu’à 350 milliards au lieu de 300 milliards. Si c’était un emprunt concessionnel, on pouvait aller jusqu’à 750 milliards au lieu de 300 milliard en donnant la possibilité de mettre les titres publique sur le marché international à la limite de 450 milliards. En juin, le chef de l’Etat a pris un décret habilitant le Ministre des Finances (Minfi) à émettre les titres publics à l’international pour un montant de 450 milliards de franc CFA. L’opération lancée le 22 juin, le ministre a eu 6 jours pour faire ‘’ruler show.’’

‘’Ruler show’’ est le shopping financier. En d’autres termes, Monsieur X va en Italie, il découvre une nouvelle paire de chaussures en peau de grenouille de mer, de retour au Cameroun, il sera difficile pour lui de les revendre si les clients ne les connaissent pas. Pour atteindre ses objectifs, il peut recruter plusieurs nouveaux gars qui passent dans les autres boutiques pour faire la promotion. En fin de journée, il ne manquera pas de clients. Le ‘’ruler’’ show consiste à proposer aux investisseurs, des personnes habituées à faire des achats publics à l’international ou ayant des moyens. C’est ce qui s’est passé avec le Cameroun. Au lieu d’avoir des personnes qui pouvaient nous donner 450 milliards, on s’est retrouvé avec des gens qui ont marqué leur volonté à souscrire jusqu’à hauteur de 2180 milliards. Or le décret du chef de l’Etat était clair. Il autorise le Minfi à émettre les titres publics internationaux dans la limite de 450 milliards. C’est pourquoi on a parlé du taux de couverture de  321%. En terme technique, c’est une sursouscription.

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Vous êtes un vendeur de beignet et vous avez disparu du marché. Un beau jour vous apparaissez et refaites les beignets. Votre façon de bien faire les beignets attirent plus de 2 millions de clients alors que vous ne pouvez que faire pour 450 personnes. Vous êtes obligé de retourner vers vos clients pour s’excuser. Il en est de même du Cameroun qui dit merci de vous être intéressés à mes titres publics à hauteur de 321%, c’est-à-dire qu’il y’a eu sursouscription à hauteur de 221%. C’est pourquoi le Cameroun a pris 450 milliards sur les 2180 milliards qui lui ont été proposés par les investisseurs. Le Cameroun avait déjà fait cette même opération en 2015 à un taux de 9,5%. Ceci est un taux commercial qui ne peut pas développer un pays. On développe un pays avec un taux bonifié c’est-à-dire un taux zéro. Le taux d’emprunt à l’international est de 0 à 1%. Ce taux de 9,5 nous a causé des problèmes. On était obligé de racheter la dette.

Continuons avec notre exemple. Monsieur y est un client de la banque. Il a un crédit de 10 millions remboursables sur 5 ans. Au bout de 5 ans, il a encore un bon projet mais n’a pas encore entièrement remboursé sa première dette mais à la possibilité de rembourser. C’est ce qu’on appelle des remboursements sans incidence de paiement. Le banquier vous propose encore 10 millions sur lesquels on retire 2 millions plus 1 million d’intérêt que vous devez pour racheter l’ancienne dette. Pour revenir au Cameroun, sur les 450 milliards empruntés par le Cameroun, le rachat de la dette étant de 100 milliards plus 50 milliards d’intérêt, le Cameroun percevra sur les 450 milliards emprunté 300 milliards.

Propos recueillis par BNK

 

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