Jean de Dieu Momo, président du Paddec et ministre délégué en charge de la Justice
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Ce titre n’est pas de moi mais du Professeur Bertrand Badié (l’auteur de l’Etat importé, l’occidentalisation de l’ordre politique), qui décrit dans son livre l’impuissance de la puissance, les difficultés des Etats modernes face aux conflits asymétriques illustrés par celles des États-Unis d’Amérique en guerre contre le Vietnam, où cette grande puissance fut défaite par ce petit pays, malgré son énorme avantage technologique en armement de guerre, ou face à celle qu’elle a mené contre l’Irak de Saddam Hussein à deux reprises, ou plus récemment encore contre les Talibans en Afghanistan, où après vingt ans de guerre, et malgré la détermination des présidents américains successifs de faire sortir les talibans de leurs grottes dans les montagnes afghanes ou de les y enfumer selon l’expression imagée du Président Georges W. Bush, les américains ont dû renoncer et rentrer piteusement chez eux, devant le triomphe des talibans résolus. L’impuissance de la puissance rappelle également la défaite de la France à Dieng-Bien-Phu face aux Vietnamiens technologiquement plus démunis.

L’impuissance des puissances mondiales s’est également manifestée en Libye où l’OTAN, constituée de plusieurs pays riches, n’a eu raison du régime de Mouammar Kadhafi que grâce à la mise en commun des moyens de destruction massive dans une guerre de tous contre un plus petit. Elle a également été illustrée en Syrie, en Iran et actuellement encore en Corée du Nord, ce petit pays de 120 540 km², qui s’impose à armes égales aux puissants Etats-Unis dont l’arsenal militaire les désigne comme étant la plus grande puissance militaire mondiale.

Bertrand Badié se demande à juste titre si on peut être puissant sans maitriser la menace, ou lorsque les violences nouvelles échappent à tout contrôle et que la nuisance met en échec la puissance ? Peut-on être puissant, se demande-il, lorsque « les acteurs sociaux, désorganisés ou décentralisés, atomisés, peu visibles et faiblement institutionnalisés défient des puissances nucléaires qui ne parviennent même pas à les localiser ? ». Il tire la conclusion face à ce constat que la puissance devient impuissante lorsque le bazooka est d’autant moins opérationnel que la mouche à abattre est plus petite, imprévisible et rebelle à toute règle. Et Hobbes de rappeler que plus l’ennemi se détourne de la norme, plus la puissance perd de sa pertinence.

Cette théorie de l’impuissance de la puissance, ramenée au plan local, donne à voir que malgré l’arsenal militaire des Etats, leur impuissance se révèle face aux conflits asymétriques que leur livrent certains groupuscules terroristes. C’est le cas des Etats du Bassin du Lac Tchad qui font face avec difficulté au groupe terroriste Boko Haram ; ou au Cameroun, le cas des soi-disant séparatistes ambazoniens qui terrorisent deux Régions du pays depuis bientôt cinq ans.

Dans ce dernier cas d’espèce en l’occurrence, au-delà de la théorie de l’impuissance de la puissance face aux conflits asymétriques, j’y vois en plus un sérieux handicap pour nos jeunes Etats, handicap constitué par l’activisme militant et suspect de certaines ONG des Droits de l’Homme, et/ou dans une certaine mesure, l’inaction collusive de la « communauté internationale » derrière et/ou sous les jupons de laquelle semblent s’abriter des terroristes sans foi ni loi, prompts à pointer d’un doigt accusateur et mensonger l’Etat du Cameroun dans l’exercice de son droit à la légitime défense face à leurs attaques criminelles disproportionnées. Ces derniers n’obéissent qu’à leurs propres lois et ignorent les lois de la guerre et d’humanisme auxquelles sont assujettis les Etats par la signature des Conventions Internationales et leur adhésion aux différents Pactes Internationaux. Ainsi ils peuvent tuer, décapiter, éventrer les soldats mais ceux-ci n’auraient même pas le droit de se défendre et le moindre écart de comportement déclenche un tintamarre international contre notre pays auquel les menaces de sanctions sont déployées à grand renfort de publicité. Tout cela est démotivant pour nos forces de défense et nous donne un sentiment d’injustice stoïquement subie!

Lorsque les terroristes massacrent nos soldats dans des embuscades criminelles au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, l’écho assourdissant du silence de la même « Communauté Internationale » et celui des ONG d’habitude si éloquentes, nous donne l’impression d’être face à une situation où notre pays a les mains liées dans le dos afin que les terroristes puissent le massacrer et le décapiter impunément.

La puissante armée camerounaise semble en effet, avoir les mains liées, ne pouvant pas, pire, interdit de dérouler tout son arsenal militaire contre des terroristes aux armements sophistiqués et aux lance-roquettes assassines. Or l’Etat est le seul Entrepreneur de la Sécurité sur son territoire selon la perspective wébérienne de la légitimité  de la violence, qui a pour corollaire le devoir impérieux pour l’Etat d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue de son territoire national. 

Hier aux Etats-Unis d’Amérique, après le 11 septembre 2001, date des attentats du World Trade Center, les USA n’ont ménagé aucun effort pour donner la chasse aux terroristes suspectés d’avoir participé à cet acte terroriste inédit. Ils ne se sont pas embarrassés des droits de l’Homme et des ONG éponymes pour aménager à la base navale de Guantanamo Bay un centre de détention, véritable microcosme quasi totalitaire où les suspects sont torturés, interrogés de manière extrajudiciaire et illégalement détenus, selon les rapports d’Amnesty International. Ils ont déployé tous les moyens de la légitime défense de leur pays et de ses populations, internationalement légaux et/ou illégaux, pour donner la chasse à Ben Laden et le neutraliser sans autre forme de procès. D’où l’on voit un Etat puissant aller en guerre, non pas contre un autre Etat, mais contre un individu !

Les USA ont agi pareillement en Irak pour capturer Saddam Hussein et le faire pendre après un jugement sommaire à l’issue connu d’avance, après une guerre qui aura opposé les USA contre l’Irak pendant plusieurs années dans la tempête du désert. Nous n’avons entendu aucune protestation de la « communauté Internationale » condamnant les moyens utilisés, mais les applaudissements nourris de la même « Communauté Internationale » résonnent encore à nos délicates oreilles face à cet exploit américain.

Y aurait-t-il deux poids deux mesures dans le traitement des affaires internationales, sommes-nous tentés de nous demander? Eh bien la réponse est affirmative et sans ambiguïtés : Oui et cela n’est point un secret. Et l’Etat du Cameroun a le droit, comme les USA, de se défendre face aux attaques assassines hardies et répétées des terroristes ambazoniens que les Nations Unies, pour une raison qui nous échappe, persistent à ne pas inscrire comme groupe terroriste. Et ce malgré les atrocités qu’ils commettent contre nos forces de défense et contre la population civile, malgré la décapitation plusieurs fois répétée de jeunes femmes qu’ils commettent régulièrement devant les caméras et diffusent dans les réseaux sociaux, malgré les traitements cruels et inhumains qu’ils infligent aux malheureuses personnes qui tombent entre leurs mains criminelles, malgré la profanation répétée et inhumaine des corps de leurs victimes.

N’est-ce pas l’illustration parfaite du deux poids deux mesures et du selon que vous serez puissants ou misérables, la cour du Roi vous rendra blanc ou noir ? La surdité internationale face aux cris de détresse de nos populations massacrées, face aux tortures et aux pleurs des suppliciés dans le Nord-ouest et dans le Sud-Ouest, l’absence de la condamnation internationale véhémente des atrocités que commettent les terroristes ambazoniens, couplée aux accusations régulières, absurdes et mensongères contre nos forces de défense par cette même « Communauté Internationale», nous apparaît comme étant des liens solides et étroits qui entravent notre pays et nos forces de défense face à une guerre qui nous est imposée par des gens qui reçoivent des financements colossaux à partir de certains pays dits amis.

Et pour que force reste du côté de la Loi et que les Etats reprennent leur droit légitime de la violence pour la protection de tous, selon la définition wébérienne, il faudrait que notre pays fasse définitivement le constat que les terroristes ne respectent aucune loi ni aucune Convention internationale, de la même manière que ni Al Capone, ni Jacques Mesrine ( qui eux n’étaient que de vulgaires bandits à côté de ces dangereux terroristes sans scrupules) ne respectaient aucune loi, et prenant acte, déploie nos forces de défense dans les zones en conflit pour neutraliser ces groupuscules disséminés dans la forêt et qui commettent des dégâts contre nos innocentes populations et contre nos forces de l’ordre. Ou ils nous massacreront tous à compte-goutte.

Hier, à l’Ouest, nous avons fait face aux maquisards qui utilisaient le même modus operandi que les ambazoniens aujourd’hui. Nous avions mis dix ans pour les neutraliser, avec l’aide des populations organisées en autodéfense. Aujourd’hui grâce à l’avancée technologique, et notamment aux drones que fabriquent nos jeunes ingénieurs, nous pouvons, que dis-je ? Nous devons lancer une guerre totale contre ces terroristes et les sortir de la forêt. Leurs attaques régulières permettent de circonscrire géographiquement leurs zones de repli et de les encercler pour les neutraliser afin de redonner la paix dans ces régions troublées dans leur quiétude par nos propres fils criminels égarés. Et s’il y a un prix à payer pour avoir la paix, nous devons nous résoudre à le payer, car de même qu’hier dans l’Ouest, ce sont les populations ici qui paient le prix le plus lourd, ainsi que nos forces de défense également. Ce qui devient intolérable et inacceptable pour la souveraineté et le rayonnement de l’Etat qui revendique avec succès la légitimité de la violence. Il faut terroriser les terroristes comme disait Charles Pasqua en son temps ! Il y a des symboles qu’on ne doit pas toucher sous peine de perdre l’Etat. L’urgence fait loi.

Yaoundé, le 17 Septembre 2021

MOMO Jean de Dieu

Président du PADDEC

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