Tribune : après les coups d'Etat en Afrique, voici les quatre mesures pour décoloniser les économies nationales
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Tribune : après les coups d’Etat en Afrique, voici les quatre mesures pour décoloniser les économies nationales

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Par Louis-Marie Kakdeu
L’on voit bien dans l’actualité africaine qu’il se propage un vent d’émancipation. Tous les pays de la bande sahélienne sont aujourd’hui dirigés par des régimes militaires. Tous mettent en avant le contraste qui existe entre les richesses naturelles du continent et la pauvreté des Etats. Ce discours n’est pas nouveau. L’Afrique a déjà connu plus de 270 coups d’Etat et/ou tentatives de coup d’Etat mais, toujours en vain. L’on observe que la paupérisation du continent se poursuit ainsi que les mouvements d’émigration dont les chiffres commencent à être comparables à ceux de la traite négrière. Les forces vives du continent s’évadent pour échapper à la misère et à la frustration. En ce moment où l’épineuse question de la création locale des richesses est sur toutes les lèvres, les putschistes doivent absolument prendre les quatre mesures suivantes pour être pertinents :
1.       Lutter contre l’extraversion de l’économie
L’économie africaine est extravertie. Elle est orientée vers la course aux devises et vers la création des richesses à l’étranger. Je veux clairement dire que si vous adoptez n’importe quelle monnaie (comme le franc guinéen) en maintenant la course aux devises, vous aurez toujours le même résultat. La vraie colonisation consiste de nos jours à expliquer aux Africains qu’il faut exporter leurs matières premières pour avoir des devises susceptibles de leur permettre d’acheter leurs biens et services à l’étranger. En d’autres termes, on leur explique que sans devises, ils ne peuvent pas manger chez eux. Cette course aux devises conduit aux importations massives. Ainsi, nos pays se plaisent dans la promotion des cultures de rentes que l’on exporte en vue d’avoir les devises nécessaires à l’importation des produits de premières nécessité (riz, blé, lait, etc.). Par conséquent, vous avez des paysans africains qui meurent de faim parce qu’ils travaillent 6 jours/7 pour cultiver ce qu’ils ne mangent pas et dont le prix d’achat est fixé par l’acheteur. Les Africains exportent leurs matières premières aux prix fixés par l’acheteur pour ensuite importer les produits finis aux prix fixés cette fois-là par le vendeur. C’est un double scandale puisque les Etats s’endettent auprès des mêmes acheteurs/vendeurs pour importer leurs produits. Un putsch qui ne permet pas de mettre fin à ce crime économique ne sert pas le continent.
2.       L’import-substitution
C’est la nécessité de produire ou de transformer nos ressources naturelles sur place. Il s’agit d’une politique d’industrialisation par substitution des produits importés. En gros, de façon progressive, l’on s’assure que tout ce qui peut être produit localement n’est plus importé. En l’état, il ne s’agit que d’un slogan dans un pays comme le Cameroun. Lorsqu’on scrute l’ensemble des mesures prises depuis 2021 dans les différentes lois de finance, on se rend compte que le gouvernement procède par ruse. En effet, deux choses doivent figurer dans la loi : d’une part, l’augmentation des droits d’assises sur les produits importés et susceptibles d’être produits localement (en vue de décourager les importations massives) et d’autre part, la diminution des charges fiscales sur les activités de production locale. Or jusqu’en 2023, le gouvernement camerounais n’a strictement rien fait pour promouvoir la culture locale du riz par exemple. Au contraire, ce qu’ils appellent import-substitution, c’est la promotion d’une culture de rente comme la banane que l’on exporte entièrement. C’est ainsi que l’ensemble des mesures prises ne sont pas pro-citoyennes. Pour un pays comme le Cameroun, la seule mesure prise par le gouvernement en faveur de la transformation locale est relative à la production de la bière, l’opium du peuple. Les putschs militaires ne servent strictement à rien s’ils ne permettent pas d’appliquer ces mesures de bon sens.
3.       La binarisation
C’est une forme de décentralisation complète de l’économie nationale en vue de résoudre une injustice sociale source de conflits : A ce jour, les ressources locales ne profitent pas aux localités concernées. La tendance est d’aller puiser des richesses dans une localité en abandonnant cette localité dans la pauvreté et le désenclavement. La binarisation permet de limiter l’évasion des ressources locales. Elle peut prendre la forme monétaire mais aussi surtout la forme économique. Cela suppose la mise en place d’un système de gouvernance multi-niveaux où les richesses ne sortent pas de la localité créatrice sans payer une taxe de développement. Jusqu’ici et ce, depuis les années de l’indépendance, les putschs militaires ont permis de remplacer un système d’exploitation par un autre en laissant les citoyens toujours dans la désolation. Il faut changer de paradigme et permettre que les ressources de chaque localité profitent en premier aux citoyens de cette localité.
4.       La durabilité
L’exploitation du continent par les régimes successifs n’a pas pensé aux générations futures. Les contraintes du développement durable appellent à notre sens de responsabilité et donc, de la préservation de l’environnement et du patrimoine dont nous jouissons aujourd’hui. Cela suppose de mettre sur pied un mécanisme de frein à l’endettement et des mesures de dissuasion contre la destruction de l’environnement. En l’état, un pays comme le Cameroun s’endette à la vitesse de l’éclair. C’est le meilleur moyen de compromettre à jamais notre Etat et de nous mettre sous le joug des bailleurs de fonds et autres créanciers. L’endettement massif est le meilleur outil de néocolonisation qui existe de nos jours. Selon les agences de notation (FITCH et MOODY’S) qui ont dégradé la note du Cameroun, le pays se trouve au bord du surendettement ou du défaut de paiement. Cela signifie que le pays est définitivement sous le dictat du monde financier. Le pays devra accepter de compromettre ses ressources du sol et du sous-sol pour rembourser les dettes ayant servi à faire des investissements non-productifs c’est-à-dire des investissements non susceptibles de permettre la création des richesses pour son remboursement.
Au regard de tout ce qui précède, je voudrais dire que les putschs ne servent strictement à rien à l’Afrique s’ils ne s’attaquent pas à cette épineuse question de la production locale des richesses.
Louis-Marie Kakdeu, HDR, PhD & MPA
Membre du Shadow Cabinet SDF
Economie, Finances & Commerce.

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