Pr. Magloire Ondoa, Recteur de l'Université de Douala
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L’intégralité de l’hommage du Recteur de l’Université de Douala au président-fondateur d’AfricAvenir International lors de la signature de la convention de coopération entre leurs deux institutions le 22 juillet 2021 dans la salle des Actes de l’Essec de Douala.

Vous avez bien observé que je n’ai pas interpelé le professeur Kum’a Ndumbe III. C’est parce que je voulais lui réserver une place spéciale. Je dirai d’abord que le professeur Kum’a Ndumbe III est l’un de mes inspirateurs les plus anciens. Cet aspect, il ne le connait peut-être pas.

Etudiant, j’avais beaucoup d’amis qui faisaient les études germaniques, qui étaient allés en Allemagne, qui se destinaient à la fonction de professeurs d’allemand, et en terminal, j’aimais bien l’allemand, je parlais un peu d’allemand et donc j’avais gardé une certaine affection pour la langue allemande. Et une fois arrivé à l’université, on me parle du professeur Kum’a Ndumbe III et je tombe sur un ouvrage « Hitler wollte Afrika ».

«Hitler wollte Afrika », « Hitler voulait l’Afrique ». L’un des ouvrages phares du professeur Kum’a Ndumbe III. Cet ouvrage était doublement accrocheur pour moi. D’abord parce qu’il était en allemand, la version originale était écrite en allemand et comme j’aimais beaucoup l’allemand, étant ami d’étudiants allemands, je me suis mis à lire l’ouvrage « Hitler wollte Afrika », qui n’avait pourtant rien à voir avec les études juridiques que j’avais choisies.

Ensuite la version française a été publiée, je crois dans les années 86. Il était pour moi accrocheur parce que déjà il était en allemand et j’aimais beaucoup l’allemand et l’Allemagne. Ensuite, il disait quelque chose d’assez spécial, ‘’Hitler qui voulait l’Afrique’’. C’était quand-même assez étonnant. Qui pouvait savoir qu’Hitler pouvait penser à l’Afrique ? L’on savait qu’il était très habité par son expansionnisme européen et qu’Hitler veuille l’Afrique, était quand-même un titre un peu provocateur, mais à la suite de la démonstration faite par le professeur Kum’a Ndumbe III, j’ai compris une chose : rien ne peut être fait sans l’histoire. Grâce à cette histoire, professeur Kum’a Ndumbe III vous êtes devenu mon maître.

Chacun remarquera qu’à toutes les occasions, et quel que soit le domaine, je fais toujours un petit tour du côté de l’historique, du côté des faits historiques qui permettent d’éclairer le présent. Et cela en droit, en science, en économie, partout. C’est vous qui avez suscité en moi cette passion pour la connaissance historique. Je voudrais vous dire ici devant Dieu et devant les Hommes que vous êtes pour moi un maître.

D’habitude l’on ne voit le maître qu’à travers celui qui a dirigé les mémoires et thèses […], mais dans ma méthode de travail, je me suis toujours inspiré de vous. Ce qui fait, lorsqu’étant doyen, vous me passiez un coup de fil pour me demander de contribuer à l’éclosion d’une jeunesse, elle aussi éprise d’histoire, j’ai bondi sur l’occasion et je vous ai envoyé ceux que j’avais parmi les meilleurs à l’époque. Ce n’est donc pas pour moi une surprise qu’ils aient totalement satisfait à vos attentes. Je vous avais également envoyé le professeur Ngando, qui est, je crois jusqu’à présent, le meilleur spécialiste camerounais de l’histoire du droit.

Par conséquent cher maître, c’est l’Université de Douala qui est honorée de vous avoir ici aujourd’hui à l’occasion de la signature de cet accord avec AfricAvenir. Je suis un témoin des réalisations, des états de service de la fondation AfricAvenir. En termes de conservation des documents historiques, je ne pense pas qu’il y ait au Cameroun et peut-être même en Afrique noire une fondation qui ait conservé des documents aussi anciens que la vôtre. C’est grâce à vous cher maître que j’ai pu découvrir et lire le traité germano-Douala du 12 juillet 1884. C’est grâce à vous que j’ai appris qu’avant même les allemands, ce sont les anglais qui étaient destinés à la colonisation du Cameroun. L’accord anglo-Douala de 1815. C’est grâce à vous que j’ai appris que le Cameroun était certainement l’un des premiers pays, enfin ce qu’on appelait Cameroun à l’époque, c’est-à-dire Douala parce qu’on oublie souvent, la traite des esclaves est abolie en 1845 alors qu’en 1815 elle l’était déjà au Cameroun grâce au contrat anglo-Douala. Ce n’est pas un hasard si le premier anglais installé à Douala s’était installé dans ce qu’on appelle aujourd’hui Bonaberi, mais qui à l’époque s’appelait «Hickory Town». Est-ce un hasard donc que la fondation AfricAvenir soit à Hickory Town ? Pourquoi ne pas appeler ça la fondation Hickory Town ? Alors cette relation historique que vous avez pu établir entre les faits réels indiscutables d’une part et de l’autre votre fondation, cette relation disais-je, est une relation qui doit entrer dans les cœurs des Camerounais parce que la fondation AfricAvenir est d’abord l’œuvre d’un humaniste.

Avant la fondation AfricAvenir, pour avoir les documents de la colonisation allemande qui chacun le sait, commence en 1884 et se termine en 1916 et même bien avant, il fallait se rendre en Allemagne. Lorsque ces entreprises venaient, partant de Sao Tomé pour arriver à Douala, chacun connait toutes ces entreprises d’ailleurs avec lesquelles les chefs Douala avaient passé l’accord germano-Douala, c’est-à-dire Akwa, Bell et Deido, même si Lock Priso, le chef de Hickory Town avait refusé de signer cette convention. Il la signe le 12 juillet 1884 après qu’on l’ait attrapé, je dirai comme on parle en langage camerounais et qu’on l’ait battu en tenue d’Eve devant femmes et enfants. Ce n’est qu’à la suite de cette opération forcée qu’il va signer la convention germano-Douala et d’ailleurs après l’avoir signé, il a tout fait pour que cette convention n’arrive pas à Bonabéri. Il les a d’abord orientés à Akwa, ensuite Bell,….

Tout cela professeur, cher maître, c’est vous qui me l’avez appris à travers votre livre, à travers votre fondation que j’ai fréquenté subtilement. Au lieu d’aller à Berlin trouver les archives de la colonisation allemande, surtout Berlin Est, même pas Berlin Ouest, alors là je n’avais pas assez de moyens pour aller là-bas, alors je me suis abreuvé à votre source. C’est pour vous dire cher maître que la fondation AfricAvenir recevra (tant que je suis là) de l’Université de Douala tout ce qui sera possible. Je suis de ceux qui en ont profité, beaucoup d’autres étudiants en ont profité, et il est bon que cette fondation soit portée à la connaissance de tous les étudiants de l’Université de Douala quelle que soit leur filière de formation, pour établir un lien indéfectible entre leurs savoirs d’aujourd’hui et les savoirs qui ont inspiré ce qu’ils apprennent aujourd’hui. C’est ce qui restera dans les cœurs, dans les esprits de l’Université de Douala. Cette convention pour moi, marque la volonté de l’Université de Douala, d’établir des liens indéfectibles avec son histoire parce que Douala, on le sait très peu, c’est d’abord le Cameroun et c’est vous qui avez écrit qu’avant on ne disait pas « Je m’en vais au Cameroun », on disait « Je vais à Cameroun ». Lorsque les chefs Douala écrivent à la Reine d’Angleterre pour demander la colonisation allemande, c’est vous qui me le dites à travers vos écrits, à travers vos documents. J’ai pu retrouver 15 de ces lettres-là grâce à vous. Vous avez nourri ma pensée, vous l’avez inspiré, vous êtes pour moi le maître et ce que fait le maître est intouchable, sacré. Et la fondation AfricAvenir doit occuper à l’Université de Douala, une place de premier plan.

Vous avez tout à l’heure formulé le vœu que le Recteur se rende à Bonabéri. Si vous le voulez, on y va maintenant, juste après la signature du contrat de partenariat, j’élimine tout mon programme et on y va d’autant plus que maintenant, nous avons un ambassadeur lui aussi d’ici, vous avez suivi mon regard (professeur Ekambi Dibongué, ancien étudiant de Kum’a Ndumbe III). Il va donc faire tout ce qu’il faut pour que cela soit possible très rapidement et que nous passions non seulement à la signature, mais à l’exécution immédiate de toutes les clauses de cette convention. Je n’en dirai pas plus sinon, certainement, je vais écraser une larme. Je vous remercie !

Professeur Magloire Ondoa, Recteur de l’Université de Douala

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