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Aucun accord n’est frappé du sceau du secret. L’idée des accords dits secrets relèvent des fractions ayant perdu la guerre d’indépendance qui estimaient que la France avait écarté les vrais nationalistes des processus d’indépendance.

Au Cameroun, des accords furent signés le 26 décembre 1959 (et bien avant) dont certains portent sur la coopération militaire et défense et, la coopération monétaire. Les accords de coopération qui créent le franc cfa existaient déjà avant 1959. Ils ont seulement été reconduits. Et bien sûr certains accords de coopération commerciaux, dans le domaine de la justice, de l’éducation, etc.

En réalité, la plupart des accords avaient une durée dans le temps, les premiers avaient été conclu pour 10 ans voire 15 ans pour permettre aux jeunes États d’asseoir leur indépendance.

La France avait bien conscience de ce qu’elle perdait sauf que elle s’est régulièrement assurée de déstabiliser les pays africains par des coups d’Etat permanents pour obliger chaque régime à renégocier ou à ne pas remettre en question les accords initiaux.

Les coups d’état n’ont pas réussi au Cameroun. Cette manière de faire n’a jamais fonctionné avec le Cameroun, au regard de la longévité au pouvoir du président Ahmadou Ahidjo et du président Paul Biya. Résultat, la plupart des accords étaient renégociés à échéance et, à chaque fois, le Cameroun desserait son étreinte par rapport à la France.

L’accord de défense renégocié en 1974 puis en 2009 est d’ailleurs le meilleur exemple en ce sens. En 2008, Paul Biya est entrain de mettre en déroute le fameux G11 qui veut prendre Etoudi. il faut d’ailleurs rappeler que en 2004, il est donné pour mort. Les liens de ce G11 avec la classe politique française étaient très connus. Ainsi, en 2008, Paul Biya vient de réussir à faire passer sa révision constitutionnelle levant le verrou de la limitation des mandats à la fonction présidentielle. Le BIR est encore à ses débuts comme force spéciale. En renégociant l’accord de défense en 2009, Paul Biya est en position de force. La France est obligé d’accepter les termes de l’accord (peut être pense telle que en 2011 Paul Biya sera battu aux élections).

Dans le cas des accords commerciaux, le retrait de Bolloré du terminal à containers de Douala est également un enseignement. Le contrat de concession est arrivé à échéance et Paul Biya, une fois de plus, en position de force, a tout simplement “renationalisé” la gestion du terminal à containers du port de Douala.

La création de la Sonamines et surtout la construction du barrage hydroélectrique de Natchigal permettent également de voir comment il y a une rëappropriation de certains pans de l’économie. Le complexe sportif de Japoma est le fruit de la coopération turque tandis que le complexe d’Olembe relève de la coopération italienne et maintenant canadienne. Entre temps certains chantiers (routes, construction de marchés) sont fait avec l’expertise du génie militaire camerounais. Les hôpitaux relèvent de coopération diversifiée et des partenariats stratégiques. Tout cela en fonction des capacités d’emprunt.

Le Cameroun n’a jamais été la chasse gardée de personne. La diversification de la coopération militaire (Chine, Russie, États-Unis, Maroc, Afrique du Sud par exemple), de la coopération économique et commerciale sont des exemples. En fait, l’idée ici a toujours été de marquer un pas, pousser un pion en jouant sur le temps. En cela, la longévité au pouvoir de Paul Biya y a été pour beaucoup de choses malgré les schémas de déstabilisation qui sont en cours.

S’agissant de l’accord de coopération monétaire qui régit le Franc cfa, l’entrée de la Guinée équatoriale (qui n’est pas une colonie française) la recomposition du conseil d’administration, la présidence tournante, la révision du volume des réserves de change sont des choses qui n’étaient pas à la base de l’accord. Et le débat actuel (sur la sortie ou non du franc cfa) même s’il n’a pas encore été tranché montre comment la France perd la main même si elle ne veut rien lâcher. En réalité, l’accord sur la coopération monétaire est à durée indéterminée c’est-à-dire que les pays africains peuvent sortir du franc cfa à tout moment s’ils le désirent.

Les troubles sociopolitiques dans la plupart des pays africains sont la seule arme que la France dispose pour maintenir les États africains sous son joug. Les accords de défense ont par exemple été souvent employés contre les États signataires (la Côte d’Ivoire est un exemple).

La symbolique du 26 décembre montre simplement que les camerounais ont pris conscience que leur destin est désormais entre leurs mains. La décentralisation qui prend forme étant le révélateur.

Alphonse Bernard Amougou Mbarga, maître de conférences en science politique, Université de Douala

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