Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie et Emmanuel Macron, Président de la République de France
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Depuis les indépendances des Etats africains en 1960, les discours paternalistes de Paris et les sommets Afrique-France ne font qu’enfoncer le clou dans la plaie postcoloniale. Les Africains estiment que l’ancien colon n’impose que crises économique, financière, sécuritaire et coups d’Etat. L’offre de paix et de prospérité de Moscou arrive dans ce contexte comme un ouf de soulagement pour les Etats de la sous-région.  

Paris est conscient que son influence ne tient plus qu’à un fil dans la sous-région Afrique centrale. Son image, déjà dégradée dans la région, a pris un autre coup fatal avec l’arrestation lundi 10 mai 2021 à Bangui dans la capitale centrafricaine, de l’une de ses barbouzes en possession d’un impressionnant arsenal de guerre. Le Quai d’Orsay s’est plaint de la présentation de ce ressortissant français à la presse locale en invoquant une «instrumentalisation».

Ses médias, en campagne de dénigrement de la présence russe dans la région depuis quelques années, ont vite trouvé un bouc ’émissaire. « Depuis 2018, écrit Ouest France, la France voit son influence contestée dans son ancienne colonie par une offensive diplomatique de la Russie, et est régulièrement la cible de campagnes hostiles relayées par des médias locaux.»

Un constat qui trouve tout son sens, selon les panafricanistes, dans le « comportement voyou » de Paris. « La France depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, n’a véritablement pas fait grand-chose pour l’Afrique. Et d’ailleurs ces dernières années, c’est plus des coups d’Etat, la reculade des principes démocratiques», constate Alphonse Bernard Amougou Mbarga, maître de conférences en science politique à l’université de Douala.

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Devant l’échec des politiques de développement de la France en Afrique et notamment en Afrique francophone, « les pays africains diversifient leurs partenariats pour asseoir leur indépendance politique et économique. C’est dans ce sillage que se situe la présence russe en Afrique», pense l’universitaire.

La France est régulièrement soupçonnée d’être le cerveau de ces multiples agressions auxquelles fait face l’Afrique francophone dans le seul but, pensent certains géostratèges, « de maintenir les Etats de la région dans l’insécurité permanente et le sous-développement pour mieux les piller ».

Moscou en ‘’sapeur-pompier’’

Contrairement à la France et certains de ses alliés, Moscou prône la paix et la prospérité. Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie ne loge par exemple pas les rebelles et terroristes qui tentent d’évincer les pouvoirs légitimes et les armées régulières à la même enseigne. « Nous voulons que les autres pays respectent la souveraineté des autres Etats, c’est-à-dire ne pas admettre des coups d’Etat, d’action anticonstitutionnelle, et de renversement illégal d’un pouvoir légitime. Ça c’est une chose inadmissible partout », déclarait-il il y a  quelques années au cours d’un entretien avec un journaliste américain. Vladimir Poutine avait également souligné que « la Russie n’entreprend pas, n’a jamais entrepris et n’entreprendra jamais d’action visant à renverser un pouvoir légitime.»

Des propos rassurants qui ont contribué au rapprochement de Moscou avec l’Afrique centrale. Certains dirigeants du bloc régional dont l’économie est contrôlée par la France par le biais de sa monnaie, pensent enfin avoir trouvé un partenaire sérieux, qui regarde dans la même direction qu’eux. Les fruits des premières années de leur coopération parlent d’eux-mêmes en République centrafricaine comme au Cameroun. « La Russie apporte quelque chose que la France n’a pas su faire depuis les indépendances de 1960 : la sécurité des régimes politiques », pense Pr Alphonse Bernard Amougou Mbarga.

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Si la Russie ne dispose pas des bases militaires dans la région pour mieux opérer, son apport dans la lutte contre les groupes armés et ses prises de position au Conseil de sécurité de l’Onu rassurent davantage. La technologie russe a été mise à contribution dans la lutte contre les terroristes de Boko Haram dans la partie septentrionale du Cameroun. Des sources proches de Moscou confient à La Plume de l’Aigle qu’en janvier 2015, « la Russie a fourni des armes modernes à l’armée camerounaise pour lui permettre de mieux lutter contre Boko Haram ». Il s’agissait, précise notre interlocuteur, « de toute l’artillerie, y compris l’artillerie de missiles, la protection aérienne, le système anti-aérien de missiles et de canons, le transport de personnel, les camions blindés et les autres équipements et armements.»

Dans les régions anglophones du Cameroun où des groupes séparatistes sèment également la terreur depuis fin 2016, la Russie prône la non-ingérence. Elle affirme que « le problème anglophone trouve ses racines dans la période coloniale ». Sur le plan régional, elle pense « qu’il faut éviter d’interférer dans les affaires intérieures de ces Etats ».

Avec le récent Sommet Afrique-Russie à Sotchi en 2019, Vladimir Poutine a prouvé l’engagement de son pays à investir sur le continent africain. Un engagement qui passe « par un apport conséquent sur  le plan sécuritaire. Car comme le disent les russes ‘’aucun investissement ne peut prospérer dans l’insécurité’’»

Didier Ndengue

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