Lorsque le mag Jeune Afrique est mis en place au milieu des années 60, son patron Bechir Ben Yahmed connait la musique pour faire marcher son bidule. Il accepte le deal de la Francafrique en s'obligeant un déjeuner mensuel avec Jacques Foccart qui lui dicte sa ligne de conduite concernant le Kamerun: fermer la bouche sur la répression féroce et encenser le feal local Ahidjo.
D'Ahidjo à Biya : les limites de l'indépendance de Jeune Afrique
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Lorsque le mag  Jeune Afrique est mis en place au milieu des années 60, son patron Bechir Ben Yahmed connait la musique pour faire marcher son bidule. Il accepte le deal  de la Francafrique en s’obligeant un déjeuner mensuel avec Jacques Foccart qui lui dicte sa ligne de conduite concernant le Kamerun: fermer la bouche sur la répression féroce et encenser le feal local Ahidjo.

Episode Bernetel

Flanqué du kamerunais Jos Paul Alima, le journaliste Paul Bernetel fils d’un guyanais et né à Yaoundé est chargé du job. Mais la dolce vitæ tourne en lune de fiel lorsque Paul Bernetel soudainement lucide découpe Ahidjo à la tronçonneuse d’abord dans la couverture de l’assassinat de Ouandié, puis celle de l’affaire Nzo Ekangaky. C’est un Ahidjo amer qui découvrira que c’est Houphouët qui est au centre de la manœuvre afin de se venger de la protection offerte par Yaoundé à l’ivoirien dissident Amadou Kourouma. Financé par Houphouët à raison de 2 milliards de centimes, Bernetel ouvrira le Temps de l’Afrique qui fera illusion jusqu’à la découverte de son corps inanimé dans un hôtel borgne au Brésil.

Episode Siradiou Diallo

Devant la  colère noire  d’Ahidjo, Bechir Ben Yahmed par  calcul froid, met en selle le Guinéen Siradiou Diallo. C’est un peul comme Ahidjo et Dieu seul sait comment ils sont solidaires et il est un opposant viscéral à Sekou Touré, ce qui va à ravir à Ahidjo. Le temps des amours est revenu. Pendant que sur injonction du Prince  De Marenches alias  Porthos, le chef des services français, une partie de la presse française ouvre ses colonnes aux opposants kamerunais, Jeune Afrique est le solide avocat du gauleiter des tropiques. Tellement Siradiou est si  zélé pour Ahidjo  qu’il n’a pas la lucidité de percevoir le changement de pouvoir à Yaoundé. Dans la bataille byzantine du pouvoir, il se met automatiquement derrière Ahidjo. Le palais d’Etoudi lui fermant les portes, ouvre celles-ci à Afrique Asie mené par Ananie Rabier Bindzi.

Époque François Soudan

Mais les effets de la  crise économique qui étrangle  l’Afrique, la perte du monopole de certains marchés publicitaires comme celui de la Côte d’ivoire depuis l’affaire du maire  Emmanuel Dioullo et les exigences des NMPP le distributeur, obligent Bechir Ben Yahmed à changer de cap. Exit Siradiou Diallo, c’est François Soudan selon le conseil de l’ami fidèle Philippe Gaillard qui est chargé de “draguer Biya”. De dossiers enjoliveurs en éloges dithyrambiques, Paul Biya cède devant les appels de balle. Avec la complicité de comparses locaux, un marché annuel  de 650 millions de FCFA tombe dans la caisse. Ce n’est rien à comparer aux espèces sonnantes et trébuchantes d’autrefois mais n’est-ce pas qu’en période de disette les souris sont réputées grassouillettes.

Mais un matin, analysant mal la scène politique kamerunaise, Jeune Afrique sûrement conseillé par les officines secrètes de la Françafrique désireuses de contrôler la succession de Biya, met trop de confiture sur l’image de lieutenants proches du  “Prince” qui en prend ombrage. Le  journal Le messager de Njawé titre férocement sur l’affaire. C’est la fin des haricots. Depuis lors, rien n’est épargné à Biya. Y compris les coups en dessous de la ceinture. Tout y passe. Et sans filtre. Son âge, ses décès  à répétition, ses avc, les montants des toilettes et la grande influence de son épouse sur les affaires de l’Etat, la santé, la scolarité, les petits copains de son unique fille…

Voilà la formidable indépendance de Jeune Afrique qui n’émeut que ceux-là qui ne connaissent rien de son histoire.

Henry Paul Diabaté Manden

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