Ahmadou Wadiri : « 90% du riz de Yagoua est exporté de manière frauduleuse vers le Nigéria »
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Premier prix du Fonds Pierre Castel 2021 à 44 ans, le porteur du projet COOP – CA TPA, qui commercialise le riz Nouria produit dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, nous présente son concept tout en surfant sur les  forces et faiblesses de la filière riz au Cameroun.  

Pouvez-vous nous présenter le projet qui vous a permis de décrocher le prix du Fonds Pierre Castel 2021?

Le projet qui m’a permis de remporter le Prix Pierre Castel est celui de l’augmentation de l’offre du riz « Made In Cameroun », à travers un cluster, constitué de 300 GIC de riziculteurs à Yagoua, afin d’atteindre 25 mille tonnes de riz sur le marché. C’est le projet qui a séduit le Grand jury de Bordeaux qui m’a permis de remporter le premier Prix du Fonds Pierre Castel 2021.

Ce projet cluster consiste à mettre les acteurs de la filière riz de Yagoua ensemble autour de la coopérative TPA qui a une rizerie moderne. Nous nous situons au niveau du maillon de la transformation et commercialisation du riz et nous sommes ensemble avec d’autres petites rizeries artisanales. La réflexion est partie de notre regroupement autour d’IRISA (Interprofession des Riziers pour la souveraineté alimentaire). Dans le cadre de cette interprofession, nous nous retrouvons entre différents acteurs et nous réfléchissons sur le développement de cette filière. Le grand problème c’est quoi ? Le bassin de production du riz de Yagoua produit 80% du riz du Cameroun. Nous atteignons souvent les 100 000 tonnes de riz par an. Malheureusement, 90% de ce riz est exporté de manière frauduleuse vers le Nigéria, qui a des grandes industries du riz implantées dans les zones de Kano et de Lagos. Nous, compte tenu de la demande nationale, nous nous sommes dits en fait : nous avons une ressource spécifique avec la grande demande, comment il faut la développer davantage pour créer de la richesse et de l’emploi. Voilà comment le projet est parti. Les différents acteurs concernés se sont mis ensemble avec les riziculteurs qui sont à la base.

300 GIC de riziculteurs ont été contactés pour que nous définissions ensemble le cahier de charge de nos rizeries, quelles sont les variétés ? Nous mettons les semences à leur disposition. Nous les formons sur l’itinéraire technique pour qu’ils sachent exactement quel est le process de production pour aboutir à la matière première de qualité. Et quand on a une meilleure matière première de qualité avec la formation qu’ils auront reçue, ils auront accès également aux intrants, ça va permettre d’augmenter le rendement à l’hectare. Compte tenu de la qualité de la matière première, ça va nous permettre également d’augmenter le rendement à l’usinage. Ce qui nous permet de mieux rentabiliser le riz local, faire l’économie d’échelle et de baisser le coût de production pour que nous puissions avoir le prix consommateur final compétitif au niveau des grandes métropoles dont Yaoundé et Douala, où nous faisons 80% de notre chiffre d’affaires. L’idée c’est d’avoir des points de vente dans les dix régions. Pour le moment, avec la coopérative TPA, le produit est présent dans six régions. Dans les zones de Yaoundé et Douala, le produit est présent dans tous les supermarchés et dans certains grands marchés à travers notre distributeur Tropik Industries qui est basé à Yaoundé et Douala.

Selon vous, qu’est qui vous a distingué des autres candidats au Prix Pierre Castel 2021?

Au Cameroun, le Fonds Pierre Castel 2021 a reçu 117 projets. Mon projet a été retenu parmi les 6 finalistes. Nous nous sommes retrouvés devant le jury du Cameroun, nous les 6 finalistes. J’ai été retenu avec une deuxième finaliste pour notre passage devant le Grand jury de Bordeaux. En fait, la particularité de mon projet, c’est son impact. Il a un impact socio-économique fort. En travaillant avec 300 GIC, chaque groupement de riziculteurs a en moyenne 15 membres. Il impacte 4500 membres qui sont des riziculteurs et vous savez les riziculteurs travaillent sur des petites superficies autour d’un hectare, mais qui emploient au minimum 5 personnes dans tout le cycle de production, depuis la pépinière jusqu’à la récolte. L’impact est significatif au niveau des emplois directs et indirects. Les emplois directs, c’est beaucoup plus au niveau des rizeries, donc la transformation du produit et la commercialisation qui implique les commerciaux qui sont dans les différentes villes. Le projet que nous portons emploiera environ 200 personnes de manière directe et environ 24700 personnes de manière indirecte. L’impact est au niveau de 24700 personnes.

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Ceci a permis à ce projet de marquer beaucoup de points. Le Grand jury du Fonds Pierre Castel de Bordeaux regarde également la qualité de l’entrepreneur, quel est son niveau d’expérience. J’ai déjà 20 ans d’expérience en matière de développement local, en matière d’appui à l’économie locale. Toute ma vie j’ai travaillé dans ce domaine. Titulaire d’une biologie végétale et d’un master en coopération internationale et développement, doctorant. J’ai fait toutes mes recherches dans le domaine de l’agro-alimentaire pour identifier les spécificités de nos ressources qui peuvent avoir un avantage comparatif pour que nous puissions être compétitifs sur le marché tout en générant de la richesse et de l’emploi. Voilà un peu les quelques éléments sur lesquels le Grand jury de Bordeaux s’est penché en plus de la qualité du projet que j’ai présenté. Le projet était très bien présenté. Au niveau du contexte d’abord de la filière riz où le Cameroun se retrouve en train d’importer plus de 900 tonnes avec une facture qui nous coute autour de 232 milliards de francs CFA et la priorité gouvernementale pour développer cette filière. Ce projet vient à point nommé. Il y a aussi la connaissance de nos marchés. Nous avons une cible d’environ 130 000 ménages seulement dans les villes de Yaoundé et Douala. Notre positionnement est clair. Il va du milieu de gamme vers le haut de gamme. Nous avons, malgré le fait que le produit soit bio, toute sa traçabilité. Il va de la fourche à la fourchette. Il n’a pas de conservateur, et puis c’est un produit ‘’Made in Cameroun’’ de proximité. Nous avons beaucoup d’éléments compétitifs face à nos concurrents.

Comment ce prix va-t-il contribuer au développement de votre business ?

Ce prix va contribuer de manière considérable au développement de notre business. Il est question d’améliorer notre unité de conditionnement parce qu’actuellement nous le faisons manuellement. Il est question d’implanter une ensacheuse verticale automatique qui va nous permettre de mieux ensacher les 1 kilo de riz premium que nous vendons qui sont au niveau des étales dans les supermarchés. Nous les vendons actuellement à 900 FCFA le kilo. Avec l’amélioration du conditionnement, on aura le même niveau du packaging que les concurrents importateurs et le produit sera plus attrayant et mieux conditionné. Ça va vraiment booster notre chiffre d’affaires parce que nous avons souvent des grandes commandes pour les 1 kilo à longs grains premium parce que c’est la variété naturellement parfumée. Ça va nous permettre d’avoir davantage un meilleur rapport qualité prix et augmenter même au niveau de l’offre parce que ça va aller plus vite avec la technologie qu’on va mettre en place. Le système de conditionnement sera plus rapide et les produits seront mieux conservés. Les produits que nous mettons à la disposition du consommateur sont des produits bio. Nous ne mettons pas de conservateur. Quand il est mieux scellé, le produit peut résister aux attaques. Voilà un peu l’impact qui sera généré par cette technologie au niveau de la production. Au niveau de notre chiffre d’affaires, il y aura une nette croissance d’environ 10%.

Entretien mené par Didier Ndengue

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